Décision N°0018/08/ODEM4 de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias

Publié le par ODEM Bénin

Par lettre en date du 19 septembre 2007, M. Edmond CAKPO-TOZO, Directeur de Cabinet du Maire de Cotonou, a saisi l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias (ODEM) d’une plainte contre le journal «LA GAZETTE DU PALAIS» pour propos injurieux et diffamatoires à l’encontre du Maire et de toute l’équipe dirigeante de la mairie de Cotonou.

LES FAITS

Dans sa parution du lundi 17 septembre 2007, le journal « LA GAZETTE DU PALAIS» affiche à sa Une en bas de page: « Mairie de Cotonou : Nicéphore Dieudonné SOGLO quémande un nouveau mandat ».
Dans cet article signé par Serge HOUNDOKPA et publié en page 4, il est écrit : « C’est la quintessence de la réponse du Président SOGLO à la demande à lui faite par la porte-parole ‘’des femmes de Cotonou’’ qui ont organisé une marche le mercredi 12 septembre 2007 pour soutenir les actions du maire. A la kyrielle de femmes qui ont battu le macadam sous un ardent soleil, le Président-Maire a martelé « ça me va droit au cœur ; ça me donne de l’énergie pour aller plus loin…». Dans la même logique, l’auteur de l’article précise : «Comme on le voit, ‘’ce plus loin ’’, c’est le renouvellement du mandat de monsieur le Maire ».

Dans sa plainte à l’ODEM, M. CAKPO-TOZO affirme qu’une telle affiche renvoie le maire de Cotonou dans une posture dégradante qui porte gravement atteinte à son honorabilité. « Il est tout à fait normal que le maire, le Président SOGLO marque sa reconnaissance à la marée impressionnante des femmes qui ont exprimé avec enthousiasme leur soutien massif  à son action municipale, et à leur ardent désir de le voir continuer l’œuvre si bien entamée», explique le Directeur de cabinet du Maire avant d’ajouter : « Répondre à leur démarche et à leur attente si pressante, à leur aimable sollicitation, en disant «ça me va droit au cœur et ça me donne de l’énergie pour aller plus loin… », ne peut en aucun cas, se traduire par le terme injurieux de Quémander à savoir littéralement, mendier un second mandat». 

Toujours dans le même article, il est écrit : « Fort heureusement, les habitants de la plus grande ville du Bénin ont compris qu’ils ne vont plus confier en plein vingt-et-unième siècle le destin de leur cité chérie à une famille qui n’a que cure de l’amélioration de leur cadre de vie. Ils ne vont pas laisser passer l’occasion qui leur permettra de faire le discernement en choisissant véritablement l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Et non se laisser distraire par les jérémiades de ceux qui, faute de mieux s’agrippent à la bouée de sauvetage que constitue la mairie de Cotonou dans cette « galère » qu’est le Bénin».

Pour le plaignant, ces propos portent atteinte à la réputation des membres du conseil municipal et celle de l’équipe dirigeante de la mairie de Cotonou. « On les décrit comme des gens qui pour échapper à la « galère » s’accrochent aux biens de la municipalité », a-t-il souligné. 

Conformément à ses textes, l’ODEM a adressé, le 25 septembre 2007, une correspondance avec copie de la plainte au directeur de publication du journal « LA GAZETTE DU PALAIS». 

Dans sa réponse datée du 1er octobre 2007, le directeur de publication de « LA GAZETTE DU PALAIS», Maximin TCHIBOZO réfute catégoriquement le caractère injurieux et diffamatoire de l’article incriminé. « Car le verbe quémander, ne signifie pas que mendier comme l’a mentionné le plaignant » a-t-il souligné. Il fonde son raisonnement sur la définition du dictionnaire Quillet de la langue française (L’art d’écrire et de bien rédiger, Paris 1965) à la page 1583 qui donne comme synonyme de quémander : demander et solliciter avec insistance. « Pour être plus clair, je vous prie de comprendre par quémander demander ou solliciter et non mendier qui est la définition littérale à laquelle s’accroche le fonctionnaire de la mairie. Si je donnais le même sens au verbe quémander que le Directeur de Cabinet de Monsieur le Maire, je n’allais pas publier l’article incriminé », a expliqué M. TCHIBOZO.

Par ailleurs, il réfute les allégations du plaignant contenus dans l’article. « En effet, l’article incriminé à tort n’est pas un reportage, mais plutôt un commentaire. Donc, « LA GAZETTE DU PALAIS » a la liberté de faire des critiques, d’exprimer un jugement, voire prendre position dans le respect de la déontologie », précise le directeur de publication.

Maximin TCHIBOZO souligne que le Directeur de Cabinet de Monsieur le Maire affirme injustement que « LA GAZETTE DU PALAIS » a porté « atteinte à la réputation des membres du conseil municipal et celle de l’équipe dirigeante de la mairie de Cotonou ». Pour se justifier, il rappelle que c’est l’honorable Rosine VIEYRA SOGLO, épouse de l’ancien président de la République Nicéphore Dieudonné SOGLO, et mère de Léhadi Vinagnon SOGLO qui s’était demandée à l’indignation générale des Béninois ce que son mari de Président était allé chercher dans cette « galère». « C’est pourquoi le mot est mis entre guillemets ; ce n’est donc qu’une citation » a-t-il ajouté. 

Pour « LA GAZETTE DU PALAIS », le maire a confondu son personnel avec les militants de son parti et les a obligés à participer à une manifestation politique qui a eu lieu par surcroît un jour ouvrable. Pour expliquer ce fait M. TCHIBOZO souligne dans  sa lettre ceci : « La preuve que les SOGLO s’agrippent est le contenu du Message porté N°576/MCOT/SG/DSAJ-SRH du 11 septembre 2007. Signé de la Secrétaire générale de la mairie, Madame Noëlie AKPITI, le message porté a invité tout le personnel féminin de la mairie à vaquer mercredi 12 septembre 2007 et à participer à la marche suivi de meeting au Stade de l’Amitié qu’organisent les femmes de Cotonou pour soutenir les actions du Maire Nicéphore Dieudonné SOGLO ».

APPRECIATION

De l’analyse de la plainte, de l’article incriminé et de la réponse du directeur de publication du journal « LA GAZETTE DU PALAIS » les observations suivantes s’imposent :

1- Le mot Quémander dans le contexte de son utilisation est assimilable à de l’injure surtout en tenant compte de la définition du dictionnaire Le Robert : Mendier, demander humblement et avec une insistance importune (de l’argent, un secours, une faveur).

2-
 Par ailleurs, l’auteur de l’article aurait pu se montrer plus explicite dans l’utilisation du terme « galère » en rappelant que le mot est tiré d’une citation de Me Rosine Vieyra Soglo au cours d’un débat parlementaire.

Par ces motifs, l’ODEM déclare :

- Recevable la plainte de M. Edmond CAKPO-TOZO, Directeur de Cabinet du Maire de Cotonou.
- Condamne l’auteur de l’article Serge HOUNDOKPA, le directeur de publication Maximin TCHIBOZO et le journal « LA GAZETTE DU PALAIS» pour violation des dispositions ci-après du Code de déontologie de la presse béninoise :

- Article 6 : Le journaliste s’interdit le plagiat, la calomnie, la diffamation, l’injure et les accusations sans fondement. 

- Article 11 :
Le journaliste s’interdit les titres sensationnels sans commune mesure avec le contenu des publications. 

Fait à Cotonou, le 30 janvier 2008 

Pour l’ODEM, le Président 

  Michel O. TCHANOU

 

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Publié dans Décisions de l'Odem

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