Décision N°0016/07/ODEM4 de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias

Publié le par ODEM Bénin

Par lettre en date du 03 juillet 2007, le Commissaire de Police de première classe Gaudens SEGBO, en détention à la prison civile de Ouidah, a saisi l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias (ODEM) d’une plainte pour diffamation contre le journal « LE BENINOIS LIBERE».

LES FAITS

Dans sa parution en date du lundi 02 juillet 2007, « LE BENINOIS LIBERE» titre à la Une : « Banditisme osé : Ils ont cambriolé chez l’ex-commandant Bac ».
Dans cet article signé par Jerry AZANHOUAN, il est écrit : « La semaine dernière, la maison du commissaire Gaudens SEGBO a reçu la visite des cambrioleurs qui ont réussi à défoncer les portières de son véhicule. Et comme butin emporté, de l’or et des liasses de billets de banque, le tout évalué à près de 30 millions de nos francs.». Dans la même logique, l’auteur de l’article précise que : « de sources concordantes, les individus qui ont osé commettre ce forfait au domicile du colonel Gaudens SEGBO encore en prison, seraient ses proches si ce n’est pas les hauts cadres du cambriolage…».
Dans sa plainte à l’ODEM, M. Gaudens SEGBO affirme : « Le rédacteur a montré clairement l’objectif nuisible qu’il poursuivait lorsqu’il complète : ‘’Comment cela aurait été possible si ce n’est des gens qui maîtrisent sa situation actuelle et qui entre temps, ont eu des informations sur les dernières opérations menées par ce dernier avant de se retrouver derrière les barreaux. Cet état de chose semble donner lieu à toutes sortes d’interrogations si l’on se réfère même aux faits qui ont conduit l’homme en prison’’». Toujours dans sa plainte M.SEGBO poursuit : « Et pour enfoncer le clou, il rapporte les propos de l’interview qu’il m’a accordée du fond de ma cellule : ‘’Ne vous en faites pas, je mettrai la main sur eux et ils sauront de quel parfum je m’embaume’’».
Pour le plaignant, la réalité est tout autre.  En témoigne sa version des faits : « Pour ma sécurité, mes frères et sœurs se sont rapprochés de moi par rapport à mes besoins alimentaires et vestimentaires. Ils ont été logés dans une ‘’entrée-coucher’’ par mon cousin, le colonel des douanes à la retraite Léonard GOUDJINOU à son domicile de Ouidah à l’intérieur duquel je ne suis jamais rentré en personne. Comme mon véhicule de marque OPEL n’avait pas encore son numéro d’immatriculation définitive, je l’ai fait immobiliser dans le garage de ladite maison. Courant mai 2007, j’ai décidé d’immatriculer régulièrement le véhicule. J’ai alors envoyé l’un des proches pour transférer mes affaires dudit véhicule vers mon véhicule de marque Ford. C’est au moment de ce transfert que son attention a été frappée par la présence dans le véhicule d’un sac de voyage. Le sac contenait des matériels de travail, des paires de menottes, des gaz anti-agression, mon vidéo-projecteur de marque BENQ, trois cameras, cinq téléphones portables, des documents et des clés USB puis six montres de valeur qui m’avaient été confiées par un ami. C’est la seule personne à prendre connaissance d’un sac dont il ignorait le contenu. Quelques jours plus tard, plus précisément dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 juin 2007, aux environs de 3h du matin, le véhicule Ford dans lequel les effets ont été transférés a été brisé au niveau de la vitre côté chauffeur ; ce qui a permis aux cambrioleurs d’emporter ledit sac avec tout le contenu. Lorsque mon frère et ma sœur m’ont annoncé la nouvelle le lendemain, j’ai su en bon flic, l’origine des cambrioleurs et les premières investigations confirment mon hypothèse. La semaine suivante, deux organes de presse ont relayé l’information : Il s’agit des quotidiens indépendants ‘’Fraternité’’ et  ’’Le Télégramme’’. Ces derniers, sans exagération aucune, ont publié à peu près la réalité des faits. Contre toute attente, ‘’Le Béninois Libéré’’, sans avoir pris un contact préalable avec moi, sans avoir contacté un proche parent sur l’affaire, ni le commissaire de police de la ville de Ouidah territorialement compétent afin de recouper tout au moins ces informations non fondées, s’est permis le luxe de détruire mon image, celle de ma famille ainsi que ma personnalité, en confirmant à l’opinion publique que ‘’j’avais mené des opérations pirates qui m’ont conduit en prison et qui m’ont généré des fonds et que des cambrioleurs amis, convaincus de l’existence d’une fortune dans un sac à l’intérieur du véhicule, soient venus nuitamment l’emporter’’. Il précise que de sources concordantes, il s’agissait de lingots d’or et des liasses de billets d’une valeur de 30 millions ».
Dans sa lettre à l’ODEM, le plaignant demande que le ou les rédacteurs (s) de cet article diffamatoire soient interpellés et auditionnés publiquement pour que l’opinion soit éclairée sur cette affaire.
Conformément à ses textes, l’ODEM a adressé, le 09 juillet 2007, une correspondance avec copie de la plainte au directeur de publication du journal « Le Béninois Libéré».
Dans sa réponse datée du 11 juillet 2007, le directeur de publication, Eric TCHIAKPE souligne : « Conformément à ce qui a été dit dans la lettre du requérant, il n’était pas dans notre intention de ternir l’image de M. Gaudens SEGBO, ni de porter atteinte à sa personnalité. En ce qui concerne les propos de l’interview dont le requérant a fait cas, nous voudrions ici apporter le rectificatif selon lequel aucun membre de la rédaction du « Béninois Libéré»» n’a pris contact avec M. Gaudens SEGBO. Il ajoute que : « La phrase ‘’Ne vous en faites pas, je mettrai la main sur eux et ils sauront de quel parfum je m’embaume ’’ est la légende de la photo de M. Gaudens SEGBO. Et la preuve que le ‘’Béninois Libéré’’ n’a jamais été en contact avec M. Gaudens SEGBO se trouve à la dernière page du manuscrit de la plainte pour diffamation à vous adressé par le plaignant précisément à partir de la 4è ligne».
Pour conclure sa réponse, l’auteur de l’article incriminé écrit : « Une fois encore, nous présentons toutes nos excuses à M. Gaudens SEGBO car notre intention n’a jamais été de salir son image ».

APPRECIATION


De l’analyse de la plainte, de l’article incriminé et de la réponse du directeur de publication du journal « Le Béninois Libéré», les observations suivantes s’imposent :

- L’auteur de l’article Jerry AZANHOUAN a rédigé son article sans un minimum d’enquête. Le directeur de publication a même reconnu dans sa lettre à l’ODEM qu’aucun membre de la rédaction du « Béninois Libéré» n’a pris contact avec M. Gaudens SEGBO.
- Par ailleurs, le journal « Le Béninois Libéré» a versé dans le sensationnel en titrant à la Une : «Banditisme osé : Ils ont cambriolé chez l’ex-commandant Bac».

Par ces motifs, l’ODEM déclare :
-    Recevable la plainte de M. Gaudens SEGBO, Commissaire de Police.
-    Condamne fermement l’auteur de l’article Jerry AZANHOUAN, le directeur de publication Eric TCHIAKPE, le directeur général Aboubacar TAKOU et le journal « Le Béninois Libéré» pour violation des dispositions ci-après du Code de déontologie de la presse béninoise. :

Article 2 : Le journaliste publie uniquement les informations dont l’origine, la véracité et l’exactitude sont établies.
Le moindre doute l’oblige à s’abstenir ou à émettre les réserves nécessaires dans les formes requises.
Le traitement des informations susceptibles de mettre en péril la société, requiert du journaliste, une grande rigueur professionnelle et, au besoin, une certaine circonspection.

Article 6 : Le journaliste s’interdit le plagiat, la calomnie, la diffamation, l’injure et les accusations sans fondement.

Article 11 :  Le journaliste s’interdit les titres sensationnels sans commune mesure avec le contenu des publications.


Fait à Cotonou, le 09 Août 2007


Pour l’ODEM, Le Président,





Michel  O. TCHANOU
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