DECISION N°0015/07/ODEM4 de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias

Publié le par ODEM Bénin

anti_bug_fPar courrier n° 0233/CC/MDC ULRFLEC/PR/DC/SGM/CCOM/SP-C du 09 mars 2007, Monsieur François NOUDEGBESSI, ministre délégué chargé de l’urbanisme, des logements, de la réforme foncière et de la lutte contre l’érosion côtière a saisi l’Observatoire de la Déontologie et de l’Ethique dans les Médias (ODEM) d’une plainte contre le quotidien « L’ECLAIREUR ».

Les faits

Dans sa parution n° 155 du jeudi 08 mars 2007, le quotidien « L’ECLAIREUR » publie en page 4 et avec titre en manchette, « Lutte contre l’érosion côtière au Bénin. Le Ministre NOUDEGBESSI veut engager le Bénin dans un projet farfelu de 95 milliards ».

Dans cet article, l’auteur, Marcel HOYETON affirme qu’ « un cataclysme financier se prépare au ministère de lutte contre l’érosion côtière. Son auteur est le ministre François NOUDEGBESSI qui s’active actuellement,  pour faire gaspiller près de 95 milliards à notre pays, en optant pour un projet farfelu alors qu’il a à sa portée une solution plus efficace, moderne et qui ne coûtera qu’au plus 10 milliards ».

En effet, l’auteur s’élève contre le choix des épis de protection au détriment des modules SIC dans la lutte contre l’érosion côtière.
Selon lui : « au lieu de prospecter toutes les solutions et de chercher à faire moins de dépenses pour l’Etat dont l’économie est exsangue, il (le ministre), - mû certainement par un intérêt mercantile – a opté pour une solution coûteuse qui est celle de pose des pierres ».
L’auteur de l’article dit ne pas comprendre pourquoi le ministre rejette les modules SIC, alors que deux de ses cadres ont pu constater lors d’une mission au Ghana, l’inefficacité de ce système dans la protection des côtes.
Dans sa plainte à l’ODEM, le ministre délégué chargé de la lutte contre l’érosion côtière, M. François NOUDEGBESSI juge ces écrits diffamatoires et regrette le manque de professionnalisme de son auteur, qui aurait pu mener correctement ses investigations.
En outre, le ministre apporte des éclaircissements sur le projet qui prévoit la réhabilitation de l’épi de SIAFATO, et la construction du système des épis, écrit-il, était faite depuis des années par les experts ». Le ministre déclare alors ignorer d’où le journaliste a sorti le chiffre de 95 milliards.

Pour ce qui est des expériences réussies du système SIC, le ministre, contrairement à ce qu’avance le quotidien, affirme : « qu’à Accra, les autorités en charge de la lutte contre l’érosion côtière, ne savent pas grand-chose du système SIC en question. Il s’agissait en fait d’un projet pilote qui n’a rien coûté à l’Etat ghanéen. Sur le terrain poursuit-il, aucune installation n’est visible. Il n’a été constaté que les affres de l’érosion côtière, la mer ayant sûrement emporté lesdites installations. L’expérience du système SIC à Accra n’a donc pas été concluante ».
En application de son règlement intérieur, l’ODEM, par courrier de son président, à transmis au directeur de publication du journal « L’Eclaireur », le 04 avril 2007, l’intégralité de l’exposé de la plainte du ministre, aux fins de lui fournir une réponse et tout document pouvant lui servir à établir le bien fondé de l’article.

Dans sa réponse à l’ODEM, le Directeur de publication du quotidien « L’Eclaireur », Monsieur Marcos POHOUEGBE dit ne pas pouvoir brandir de document pouvant justifier l’écrit, étant donné que l’article n’accuse nullement le ministre de détournement : « Tout ce que nous avons écrit jusque là, a concerné les manœuvres orchestrées par le ministre pour gagner de l’argent lorsque le projet sera en phase exécutoire ». Il déclare en outre être guidé uniquement par l’intérêt de la Nation pour laquelle ou ne saurait admettre le choix d’un projet  onéreux et inefficace alors qu’on a en face un autre moins onéreux et efficace.

Sur les deux photos qui accompagnent la réponse, on peut voir l’image des plages dont la première porte la légende « Accra plage 2007 avec modules SIC et la 2ème : « plage 2007 est haute et convexe ».
Par ces images, le Directeur de Publication mis en cause, voudrait donner la preuve de son séjour au Ghana, où il lui a été montré une plage bien protégée.

« Les cadres du ministère, écrit-il, sont certainement aller ailleurs pour une promenade de santé comme il en ont l’habitude ».
Concernant les 95 milliards, M. Marcos POHOUEGBE les décompose comme suit : 35 milliards pour la réalisation des épis ; 45 pour le bitumage de la voie Cotonou – Dassa et 15 milliards représentant les intérêts des prêts.

L’appréciation

Après examen de la plainte du ministre délégué chargé de la lutte contre l’érosion côtière, de l’article incriminés et de la réponse du Directeur de Publication de « L’Eclaireur », l’ODEM dégage les observations suivantes :

1- A propos des deux systèmes de lutte contre l’érosion côtière

Le quotidien « L’Eclaireur » a le droit de préférer le système des modules SIC à celui des épis pour des raisons fondées ou imaginaires d’efficacité et d’économie. Seulement le journal n’apporte pas les preuves de l’efficacité du système qu’il prône. Et les seules images de plage du Ghana qui de surcroît, ne sont pas accompagnées de témoignages dignes de foi, ne suffisent guère à établir la preuve de l’efficacité de l’expérience du système SIC.

2- A propos du Coût du projet

En avançant en Une et en manchette, qu’il s’agit d’un projet farfelu de 95 milliards alors que ce chiffre n’est rien d’autre qu’une estimation du journal lui-même, il y a manifestement un manque d’objectivité qui fait entorse au code d’éthique et de déontologie. De même, le choix des mots « farfelu », « cataclysme financier » sont trop excessifs dans ce cas, surtout en l’absence d’une investigation approfondie.

3- A propos du supposé intérêt mercantile du ministre
En confirmant dans sa réponse l’accusation portée contre le ministre qui serait en train d’agir dans son seul intérêt pour « gagner de l’argent », alors que le projet n’a même pas démarré, l’auteur de l’article viole l’article 6 du Code de déontologie qui prescrit : « Le journaliste s’interdit le plagiat, la calomnie, la diffamation, l’injure et les accusations sans fondement ».

Par ces motifs, l’ODEM :

- déclare recevable la plainte du ministre délégué chargé de la lutte contre l’érosion côtière.
- condamne solidairement le journal « L’ECLAIREUR », le directeur de publication. M. Marcos POHOUEGBE, l’auteur de l’article, Monsieur Marcel HOYETON, pour violation des articles 2, 6 et 11 du Code de déontologie de la presse béninoise.

 
Fait à Cotonou, le 18  Mai  2007

                                                                                 
Le Président,



Michel O. TCHANOU
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